OPA | Orchestre Poétique d'Avant-guerre
5 avril 2015
m. (OPA)

Racisme ordinaire en Guadeloupe

Transmis par le LKP, mars 2015

« Sale nègre ! Fils de pute ! Esclave ! Fils de vieille négresse ! C’est moi Nicolas CHAULET qui te le dit, les nègres ont toujours été les chiens des CHAULET ! Kounya manman-w, makak ! Un petit nègre comme toi ne peut pas faire peur à un CHAULET ! Je vais te faire tuer, sale petit nègre ! »

Voilà ce que rapporte l’avocat Harry NIRELEP, témoin de cette scène qui s’est déroulée dans un restaurant de Gourbeyre. Ces propos seraient ceux d’un certain Nicolas CHAULET, héritier d’une famille de planteurs.

Ces faits ne sont pas anodins et doivent être replacés dans un contexte bien particulier.

Depuis toujours, l’Etat français considère que la colonisation, la traite négrière et l’esclavage étaient une bonne chose pour les nègres et que les blancs répondaient en fait à une mission divine : celle de civiliser les nègres, ces sauvages.

C’est ainsi qu’en 1848, ce sont les esclavagistes « spoliés » pour avoir perdu leur cheptel de nègres qui ont été indemnisés et non les esclaves.

En 2009, M. DESPOINTES, béké Martiniquais, descendant de propriétaire d’esclaves, tenait les propos suivants sur Canal+ : « Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous (ndlr : les Békés), on a voulu préserver la race. » « Les historiens ne parlent que des aspects négatifs de l’esclavage et c’est regrettable » ……« les bons côtés de l’esclavage et les colons qui étaient très humains avec leurs esclaves, qui les ont affranchis et qui leur donnaient la possibilité d’avoir un métier ».

Eh bien la cour de cassation a décidé que la loi TAUBIRA du 21 Mai 2001, bien qu’instituant l’esclavage et la traite négrière comme crime contre l’humanité, ne permettait pas de condamner le sieur Despointes pour apologie de crime contre l’humanité. Car la loi Taubira n’est qu’une loi mémorielle, un texte qui ne comporte aucun élément juridique qui peut servir de fondement légal à une poursuite pour apologie.

La chambre criminelle de la Cour de Cassation a donné la permission de faire l’apologie de l’esclavage. Et les racistes et autres nostalgiques du système de plantation s’en donnent à cœur joie.

Ainsi, des descendants de propriétaires d’esclaves, ont décidé, avec le concours des services de l’Etat, d’ériger une stèle célébrant les premiers colons blancs génocidaires et esclavagistes arrivés en 1635 en Guadeloupe. Cette stèle apparait comme la réponse des békés et du pouvoir colonial au légitime combat de réappropriation de terres menée par les agriculteurs de Daubin.

Plusieurs organisations militantes ont demandé, devant le tribunal administratif, l’annulation de l’autorisation administrative délivrée par le conservatoire du littoral. Voilà la réponse du juge :

Ainsi, selon le juge, il serait tout à fait admis de faire une stèle à la gloire d’Adolphe Hitler, dès lors qu’il est fait « abstraction des crimes commis ». Nous savons bien que cela est faux et quiconque s’y hasarderait serait immédiatement mis en examen et durement condamné.

Dès lors, nous sommes dans une légitimation institutionnelle du droit à l’insulte et de l’apologie de l’esclavage et de la traite négrière pourtant reconnus crime contre l’humanité.

Tous ces faits démontrent que la mentalité esclavagiste perdure encore chez les descendants d’esclavagistes, qui se comportent en maitres et seigneurs. Et ce sont ceux-là mêmes qui parlent du vivre ensemble mais qui n’ont jamais changé de couleur depuis 1635. Il faut « préserver la race ».

Les Guadeloupéens de toute origine ethnique ne peuvent pas accepter ce racisme et la persistance de cette mentalité esclavagiste.

Tous ces évènements montrent au monde entier, à tous les démocrates, que dans la Colonie de Guadeloupe, en plein 21ième siècle, l’Etat colonial français et ses juges continuent de fonctionner comme au pire temps de l’esclavage. Cela intervient au moment même où un historien français révisionniste, un certain Jean François Niort, par ailleurs, membre du conseil scientifique du fameux Mémorial Act, a entrepris de mettre en avant les « bons côtés du code noir ».

Nous sommes face à une grave atteinte à la dignité et à la mémoire du peuple guadeloupéen dans son ensemble. La terre de Guadeloupe a été mise en valeur par ses premiers habitants (Amérindiens et notamment les KALINAS) que la colonisation française a tenté d’exterminer avant de réduire nos proches parents en esclavage, sur ces mêmes terres. Cette terre est notre terre que tous nos ancêtres ont fécondée de leur sueur, de leur sang !

Mais la complicité de la justice coloniale ne s’arrête pas là.

Rappelons-nous l’affaire Sylvie Hayot, nièce du puissant patron béké de la Martinique. Octobre 2011, elle cause un accident de la route et tente de s’enfuir. Elle est secourue par les pompiers et c’est alors que les insultes racistes fusent : « Pa mannyé mwen, sal nèg ! » « Ne me touchez pas sales nègres ! » « An ké fè chyen an mwen manjé zòt ». Elle ira jusqu’à gifler un gendarme noir.

Avril 2012, l’affaire est à l’audience après plusieurs reports. Coup de théâtre, le délit d’injures à caractère racial, n’est pas retenu car le tribunal s’est déclaré non saisi de ce chef de prévention. Ainsi, la procédure à mettre en œuvre en matière d’injure publique à caractère racial est régie par la loi du 31 juillet 1881. Le procureur a déclaré lors de l’audience : « le parquet a fait une boulette », il a omis de faire référence à cette loi. C’est par ce tour de passepasse que la justice coloniale a exempté la dame Hayot de toute condamnation pour propos racistes. Cela aurait fait tâche car son oncle venait d’être décoré par Sarkozy quelques mois auparavant.

« Vanter les bons côtés de l’esclavage » ; « Dire et écrire que l’esclavage et la traite négrière était une bonne chose pour les nègres » ; « Célébrer et commémorer les esclavagistes » ; « Dire que la liberté est un plat pour lequel l’estomac des nègres n’est pas préparé » : etc………. ne sont pas passibles de condamnations devant les juridictions françaises. C’est donc avec la bénédiction de la justice coloniale française et le plus naturellement du monde que les racistes peuvent proférer des insultes racistes et faire l’apologie de l’esclavage.

GWADLOUPEYEN DOUBOUT !

***
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