OPA | Orchestre Poétique d'Avant-guerre
29 avril 2013
m. (OPA)

Lettre d’un fantôme

Un article de Gideon Levy sur Haaretz

Transmis par Philippe, le 18 avril 2013

Issawi a écrit une lettre aux Israé­liens. C’est un document à vous glacer le sang

Un groupe de femmes israé­liennes d’exception a com­mencé à rendre visite à Samer Issawi à l’hôpital Kaplan à Rehovot il y a quelques jours. Elles ne sont pas auto­risées à entrer dans sa chambre mais elles ouvrent sa porte, les bras pleins de fleurs, et lui crient des encou­ra­ge­ments jusqu’à ce que les gardes les contraignent à partir.

Cela fait 8 mois qu’Issawi fait la grève de la faim. Son sort bou­le­verse la Cis­jor­danie et laisse Israël de marbre. Il fut relâché dans le cadre de l’accord Shalit mais ramené en prison par les auto­rités israé­liennes sous pré­texte qu’il n’avait pas res­pecté les clauses de sa libération.

En 2002 il fut condamné à 26 ans d’emprisonnement et main­tenant Israël veut le main­tenir en prison jusqu’à ce qu’il meure ou jusqu’au terme de sa condam­nation, selon ce qui arrivera en premier.

Mardi, Issawi a écrit une lettre aux Israé­liens. C’est un document à vous glacer le sang, l’un des pires que j’ai jamais lus. Poussé par un sens de pro­fonde iden­ti­fi­cation, et de honte tout aussi pro­fonde, je sou­haite uti­liser cette tribune pour publier une version abrégée de cette lettre.

"… j’ai choisi de vous écrire, à vous, les intel­lec­tuels, les uni­ver­si­taires, les écri­vains, les jour­na­listes et les mili­tants de la société civile israé­lienne. Je vous invite à venir me rendre visite à l’hôpital et à me voir, sque­lette menotté et enchaîné à mon lit. Trois gar­diens épuisés, qui mangent et boivent au pied de mon lit, m’entourent. Les gardes suivent ma souf­france, la perte de poids. De temps en temps ils regardent leurs montres et se demandent : comment ce corps peut-il encore survivre ?

Israé­liens, je cherche parmi vous quelqu’un d’éduqué qui a dépassé le stade du jeu d’ombres et de miroirs. Je veux qu’il me regarde alors que je perds conscience. Qu’il efface la poudre noire de son crayon, les bruits des tirs de son esprit et qu’il regarde les traits de mon visage esquissés dans ses yeux. Je le verrai et il me verra. Je verrai à quel point il est tendu quand il pense à l’avenir et il me verra moi, fantôme accroché à son côté, qui refuse de partir.

« Peut-être vous demandera-t-on d’écrire une his­toire roman­tique à mon sujet. Vous témoi­gnerez que j’étais une créature dont il ne restait rien qu’un sque­lette, res­pirant, s’étouffant de faim, perdant conscience par moments. Et après votre silence glacé, mon his­toire sera une réussite à ajouter à votre CV. Quand vos élèves gran­diront, ils pen­seront que le Pales­tinien était mort de faim… Alors vous pourrez célébrer votre supré­matie morale et cultu­relle dans un rituel de mort. »

« Je m’appelle Samer al-Issawi, l’un de ces Arabes, comme le dit votre armée. Ce Jéru­sa­lémite que vous avez enfermé sans aucune raison sauf qu’il avait décidé de quitter Jéru­salem pour la ban­lieue de la cité. Je suis passé en jugement deux fois parce que l’armée (IDF) et le service de sécurité inté­rieure (Shin Bet) dirigent votre Etat et que tout le reste de votre société se cache dans une forteresse…pour se dérober à l’explosion de mes os suspects. »Je n’ai pas entendu un seul d’entre vous inter­venir ou tenter de bâillonner la voix de la mort qui grandit, tandis que vous êtes tous devenus des fos­soyeurs, des por­teurs d’uniformes mili­taires –vous, le juge, l’écrivain, l’intellectuel , le jour­na­liste, le mar­chand, l’universitaire ou le poète. Je n’arrive pas à croire qu’une société entière a pu devenir le gardien de ma mort et de ma vie, défenseur des colons qui per­sé­cutent mes rêves et mes arbres.

"Israé­liens, je mourrai content. Vous ne me chas­serez pas de ma terre et de ma patrie…vous ne péné­trerez pas dans mon esprit qui refuse de renoncer… peut-être com­prendrez vous main­tenant que le sens de la liberté est plus fort que le sens de la mort. N’écoutez pas vos généraux et les mythes pous­siéreux. Les vaincus ne res­teront pas vaincus et le vain­queur ne restera pas vic­to­rieux. L’histoire ne se mesure pas seulement dans les batailles, les mas­sacres ou les prisons, mais en tendant la main, en paix, à soi même et à l’autre.

« Israé­liens, je m’appelle Samer al-Issawi. Ecoutez ma voix, la voix du temps qu’il reste – le mien et le vôtre. Libérez vous de la quête avide du pouvoir. N’oubliez pas ceux que vous avez enfermés dans des prisons et des camps, entre les portes d’acier qui empri­sonnent votre conscience. Je n’attends pas qu’un gardien vienne me libérer, j’attends celui qui vous libérera de ma mémoire. »

C’est là l’homme qu’Israël est déterminé à garder enfermé et qu’il laisse mourir. Israël est indif­férent, content de lui, per­sonne n’ouvre la bouche, per­sonne ne pro­teste sauf une poignée de femmes dont l’une, Dafna Banai, m’a fait passer cette lettre.

Lien pour accéder à l’article original de Gideon Levy [Ang] :
http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/a-letter-from-a-ghost.premium-1.514849

***
Complément d’info

Israël et l’Autorité palestinienne recherchent un compromis pour éviter la mort du prisonnier Samer Issawi
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/04/18/israel-et-l-autorite-palestinienne-recherchent-un-compromis-pour-eviter-la-mort-du-prisonnier-samer-issawi_3161884_3218.html

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